7) MOURIR POUR DES IDEES

 

HEUREUX QUI COMME ULYSSE


Sim                            Mi         Sol                 Sim
Heureux qui comme Ulysse, A fait un beau voyage
                                  Mi         Sol               Ré
Heureux qui comme Ulysse, A vu cent paysages
     Fa#            Sim          Fa#               Sim        Sol         Ré         Fa#
Et puis a retrouvé, Après maintes traversées, Le pays des vertes années
                              Sim               Fa#                  Mi
Par un petit matin d'été, Quand le soleil vous chante au cur
                            La7
Qu'elle est belle la liberté, La liberté

Fa#                         La
Quand on est mieux ici qu'ailleurs, Quand un ami fait le bonheur
Qu'elle est belle la liberté, La liberté

Avec le soleil et le vent, Avec la pluie et le beau temps, On vivait bien contents,
Mon cheval, ma Provence et moi, Mon cheval, ma Provence et moi

Heureux qui comme Ulysse, A fait un beau voyage
Heureux qui comme Ulysse, A vu cent paysages
Et puis a retrouvé, Après Maintes traversées, Le pays des vertes années
Par un joli matin d'été, Quand le soleil vous chante au cur
Qu'elle est belle la liberté, La liberté

Quand c'en est fini des malheurs, Quand un ami sèche vos pleurs
Qu'elle est belle la liberté, La liberté

Battus de soleil et de vent, Perdus au milieu des étangs, On vivra bien contents,
Mon cheval, ma Camargue et moi, Mon cheval, ma Camargue et moi

 

FERNANDE


Do                   Do5+                  Fa              Mi7
Une manie de vieux garçon, Moi j'ai pris l'habitude
    Solm    La7     Rém Mi7      Ré7            Sol7        Do
D'agrémenter ma solitude, Aux accents de cette chanson 

Ré7    Sol        Mi7   Lam        Ré7    Ré5+ Sol
Quand je pense à Fernande, Je bande, je bande
Sol7                        Do                   Sol
Quand j'pense à Félicie, Je bande aussi 
Sol                            Do           Ré Ré5+           Sol
Quand j'pense à Léonore, Mon dieu je bande encore 
          Si7                  Mim7 Lam7 Ré7      Mi7
Mais quand j'pense à Lulu, Là je ne bande plus
     Si7           Mim7      Ré7        Mi7 Ré7 Sol7
La bandaison papa, Ça n'se commande pas.

C'est une mâle ritournelle, Cette antienne virile
Qui retentit dans la guérite, De la vaillante sentinelle.

Refrain 

Afin de tromper son cafard, De voir la vie moins terne 
Tout en veillant sur sa lanterne, Chante ainsi le gardien de phare

Refrain 

Après la prière du soir, Comme il est un peu triste 
Chante ainsi le séminariste, A genoux sur son reposoir.

Refrain 

A l'Étoile où j'étais venu, Pour ranimer la flamme 
J'entendis ému jusqu'aux larmes, La voix du soldat inconnu.

Refrain 

Et je vais mettre un point final, A ce chant salutaire 
En suggérant au solitaire, D'en faire un hymne national. 

Refrain 

 

STANCES À UN CAMBRIOLEUR


Rém                                                            Sol#dim/Fa                       Sol#dim
Prince des monte-en-l'air et de la cambriole, Toi qui eus le bon goût de choisir ma maison
Sol#dim/Sol#                                               Sol#dim/Si                        Mi7             Lam
Cependant que je colportais mes gaudrioles, En ton honneur j'ai composé cette chanson

Sache que j'apprécie à sa valeur le geste, Qui te fit bien fermer la porte en repartant
De peur que des rôdeurs n'emportassent le reste, Des voleurs comme il faut c'est rare de ce temps

Tu ne m'as dérobé que le strict nécessaire, Délaissant dédaigneux l'exécrable portrait
Que l'on m'avait offert à mon anniversaire, Quel bon critique d'art mon salaud tu ferais

Autre signe indiquant toute absence de tare, Respectueux du brave travailleur tu n'as
Pas cru décent de me priver de ma guitare, Solidarité sainte de l'artisanat

Pour toutes ces raisons vois-tu, je te pardonne, Sans arrière-pensée après mûr examen
Ce que tu m'as volé, mon vieux, je te le donne, Ça pouvait pas tomber en de meilleures mains

D'ailleurs moi qui te parle, avec mes chansonnettes, Si je n'avais pas dû rencontrer le succès
J'aurais tout comme toi, pu virer malhonnête, Je serais devenu ton complice, qui sait

En vendant ton butin, prends garde au marchandage, Ne vas pas tout lâcher en solde aux receleurs
Tiens leur la dragée haute en évoquant l'adage, Qui dit que ces gens-là sont pis que les voleurs

Fort de ce que je n'ai pas sonné les gendarmes, Ne te crois pas du tout tenu de revenir
Ta moindre récidive abolirait le charme, Laisse-moi je t'en prie, sur un bon souvenir

Monte-en-l'air, mon ami, que mon bien te profite, Que Mercure te préserve de la prison
Ait pas trop de remords, d'ailleurs nous sommes quittes, Après tout ne te dois-je pas une chanson

Post-scriptum, si le vol est l'art que tu préfères, Ta seule vocation, ton unique talent
Prends donc pignon sur rue, mets-toi dans les affaires, Et tu auras les flics même comme chalands

 

LA BALLADE DES GENS QUI SONT NÉS QUELQUE PART


Ré                                                La         Ré Fa#7 Sim                                                 Sol                 La
C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages, Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Ré                                            La             Ré Fa#7     Sim                                         Fa#               Sim
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages, Ils n'ont qu'un seul point faible, et c'est d'être habités
Sol                                                La    Ré         Sim                                                           Do7
Et c'est d'être habités par des gens qui regardent, Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
Fa                                    Sib                 La7      Sib                     Fa                Do               La7
La race des chauvins, des porteurs de cocardes, Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Sib                      Fa                Do              Fa La7
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie, Empalés une fois pour toutes sur leur clocher
Qui vous montrent leurs tours, leurs musées, leur mairie, Vous font voir du pays natal jusqu'à loucher
Qu'ils sortent de Paris, ou de Rome, ou de Sète, Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar
Ou même de Montcuq, ils s'en flattent, mazette, Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Le sable dans lequel, douillettes, leurs autruches, Enfouissent la tête, on trouve pas plus fin
Quant à l'air qu'ils emploient pour gonfler leurs baudruches, Leurs bulles de savon, c'est du souffle divin
Et petit à petit, les voilà qui se montent, Le cou jusqu'à penser que le crottin fait par
Leurs chevaux, même en bois, rend jaloux tout le monde, Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

C'est pas un lieu commun, celui de leur naissance, Ils plaignent de tout cur les pauvres malchanceux
Les petits maladroits qui n'eurent pas la présence, La présence d'esprit de voir le jour chez eux
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire, Contre les étrangers tous plus ou moins barbares
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre, Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Mon Dieu, qu'il ferait bon sur la terre des hommes, Si l'on n'y rencontrait cette race incongrue
Cette race importune et qui partout foisonne, La race des gens du terroir, des gens du cru
Que la vie serait belle en toute circonstance, Si vous n'aviez tiré du néant ces jobards
Preuve, peut-être bien, de votre inexistence, Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

 

LA PRINCESSE ET LE CROQUE-NOTES


Rém      La7        Rém         La7 Rém       La7      Rém                La7
Jadis au lieu du jardin que voici, C'était la zone et tout ce qui s'en suit
Rém         Do            Fa      Do   Fa              Sib         Rém             La7
Des masures, des taudis insolites, Des ruines pas romaines pour un sou
Rém          Sib          Fa             La7  Rém       Do          Fa         Sib La Rém La7 Rém
Quant à la faune habitant la-dessous, C'était la fine fleur, c'était l'élite.

Rém      La7        Rém         La7 Rém       La7      Rém                La7
La fine fleur l'élite du pavé, Des besogneux, des gueux, des réprouvés
Rém         Do            Fa      Do   Fa              Sib         Rém             La7
Des mendiants rivalisant de tares, Des chevaux de retour, des propres à rien
Rém          Sib          Fa             La7  Rém       Do          Fa         Sib La Rém La7 Rém
Ainsi qu'un croque-notes, un musicien, Une épave accrochée à sa guitare

Rém      La7        Rém         La7 Rém       La7      Rém                La7
Adoptée par ce beau monde attendri, Une petite fée avait fleuri
Rém         Do            Fa      Do   Fa              Sib         Rém             La7
Au milieu de toute cette bassesse. Comme on l'avait trouvée près du ruisseau
Rém           Sib          Fa             La7  Rém       Do          Fa         Sib La Rém La7 Rém
Abandonnée en un somptueux berceau, A tout hasard on l'appelait princesse

Rém      La7        Rém         La7 Rém       La7      Rém                La7
Or un soir, Dieu du ciel, protégez nous, La voilà qui grimpe sur les genoux
Rém         Do            Fa      Do   Fa              Sib         Rém             La7
Du croque-notes et doucement soupire, En rougissant quand même un petit peu
Rém          Sib          Fa             La7  Rém       Do          Fa         Sib La Rém La7 Rém
« C'est toi que j'aime et si tu veux tu peux, M'embrasser sur la bouche et même pire »

Rém      La7        Rém         La7 Rém       La7      Rém                La7
« Tout doux princesse arrête un peu ton tir, J'ai pas tellement l'étoffe du satyre
Rém         Do            Fa      Do   Fa              Sib         Rém             La7
Tu as 13 ans j'en ai 30 qui sonnent, Grosse différence et je ne suis pas chaud
Rém          Sib          Fa             La7  Rém       Do          Fa         Sib La Rém La7 Rém
Pour tâter la paille humide du cachot. -Mais croque-notes j'dirai rien à personne »

Rém      La7        Rém         La7 Rém       La7      Rém                La7
N'insiste pas fit-il d'un ton railleur, D'abord tu n'es pas mon genre et d'ailleurs
Rém         Do            Fa      Do   Fa              Sib         Rém             La7
Mon cur est déjà pris par une grande, Alors princesse est partie en courant
Rém          Sib          Fa             La7  Rém       Do          Fa         Sib La Rém La7 Rém
Alors princesse est partie en pleurant, Chagrine qu'on ait boudé son offrande

Rém      La7        Rém         La7 Rém       La7      Rém                La7
Y a pas eu détournement de mineure, Le croque-notes au matin de bonheur
Rém         Do            Fa      Do   Fa              Sib         Rém             La7
A l'anglaise a filé dans la charrette, Des chiffonniers en grattant sa guitare
Rém          Sib          Fa             La7  Rém       Do          Fa         Sib La Rém La7 Rém
Passant par là quelques 20 ans plus tard, Il a le sentiment qu'il le regrette.

 

SAUF LE RESPECT QUE JE VOUS DOIS


Ré                                                 La7          Ré                                                              La7      Ré
Si vous y tenez tant parlez-moi des affaires publiques, Encor que ce sujet me rende un peu mélancolique,
Sol                   Fa#m                        Mim        Si7
Parlez-m'en toujours je n'vous en tiendrai pas rigueur ...
Sim                Sim7                              Lam            Si7     Mi7          La7                    Ré
Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule, Sauf le respect que je vous dois.

Fi des chantres bêlants qui taquinent la muse érotique, Des poètes galants qui lèchent le cul d'Aphrodite,
Des auteurs courtois qui vont en se frappant le cur ...
Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule, Sauf le respect que je vous dois.

Naguère mes idées reposaient sur la non-violence, Mon agressivité je l'avais réduite au silence,
Mais tout tourne court ma compagne était une gueuse ...
Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule, Sauf le respect que je vous dois.

Ancienne enfant trouvée n'ayant connu père ni mère, Coiffée d'un chap'ron rouge elle s'en fut ironie amère,
Porter soi-disant une galette à son aîeule ...
Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule, Sauf le respect que je vous dois.

Je l'attendis un soir je l'attendis jusqu'à l'aurore, Je l'attendis un an pour peu je l'attendrais encore,
Un loup de rencontre aura séduit cette fugueuse ...
Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule, Sauf le respect que je vous dois.

Cupidon ce salaud geste qui chez lui n'est pas rare, Avait trempé sa flèche un petit peu dans le curare,
Le philtre magique avait tout du bouillon d'onze heures ...
Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule, Sauf le respect que je vous dois.

Ainsi qu'il est fréquent sous la blancheur de ses pétales, La marguerite cachait une tarentule un crotale,
Une vraie vipère à la fois lubrique et visqueuse ...
Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule, Sauf le respect que je vous dois.

Que le septième ciel sur ma pauvre tête retombe ! Lorsque le désespoir m'aura mis au bord de la tombe,
Cet ultime discours s'exhalera de mon linceul :
Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule, Sauf le respect que je vous dois.

 

LE BLASON


La                     Fa#m Do#7               Ré                 Mim Fa#7 Sim      Fa#m Mi7  La     Mi5+
Ayant avecques lui toujours fait bon ménage, J'eusse aimé célébrer sans être inconvenant
       La                Fa#m   Do#7         Ré            Mim        Fa#7    Sim   Fa#m  Mi7 La
Tendre corps féminin ton plus bel apanage, Que tous ceux qui l'ont vu disent hallucinant.

C'eût été mon ultime chant mon chant du cygne, Mon dernier billet doux mon message d'adieu
Or malheureusement les mots qui le désignent, Le disputent à l'exécrable à l'odieux.

C'est la grande pitié de la langue française, C'est son talon d'Achille et c'est son déshonneur
De n'offrir que des mots entachés de bassesse, A cette incomparable instrument de bonheur.

Alors que tant de fleurs ont des noms poétiques, Tendre corps féminin c'est fort malencontreux
Que ta fleur la plus douce, et la plus érotique, Et la plus enivrante en ait de si scabreux.

Mais le pire de tous est un petit vocable, De trois lettres pas plus familier coutumier
Il est inexplicable il est irrévocable, Honte à celui-là qui l'employa le premier

Honte à celui-là qui par dépit par gageure, Dota de même terme en son fiel venimeux
Ce grand ami de l'homme et la cinglante injure, Celui-là c'est probable en était un fameux.

Misogyne à coup sûr asexué sans doute, Aux charmes de Vénus absolument rétif
Était ce bougre qui toute honte bue toute, Fit ce rapprochement d'ailleurs intempestif.

La male peste soit de cette homonymie, C'est injuste madame et c'est désobligeant
Que ce morceau de roi de votre anatomie, Porte le même nom qu'une foule de gens.

Fasse le ciel qu'un jour, dans un trait de génie, Un poète inspiré que Pégase soutient
Donne en effaçant d'un coup des siècles d'avanie, A cette vraie merveille un joli nom chrétien

En attendant madame il semblerait dommage, Et vos adorateurs en seraient tous peinés
                                                                                                                                         Do#7
D'aller perdre de vue que pour lui rendre hommage, Il est d'autres moyens et que je les connais
    Fa#m  Mi7    La
Et que je les connais.

 

QUATRE-VINGT QUINZE POUR CENT


Fa                       Sol             Do Lam Rém                   Mi               Lam
La femme qui possède tout en elle, Pour donner le goût des fêtes charnelles
Rém                   Mi                  Lam                           Si7                                             Mi
La femme qui suscite en nous tant de passions brutales, La femme est avant tout sentimentale
Fa                             Sol             Do Lam Rém                         Mi               Lam
Main dans la main les longues promenades, Les fleurs les billets doux les sérénades
Rém                   Mi                  Lam                                    Si7        Mi       Lam
Les crimes les folies que pour ses beaux yeux l'on commêt, La transporte mais...

Refrain :
Do                     Sol7                  Do                    Mi
Quatre-vingt-quinze fois sur cent, La femme s'emmerde en baisant
Lam                 Mi                   Lam
Qu'elle le taise ou le confesse, C'est pas tout les jours qu'on lui déride les fesses
Do                     Sol7               Do                Mi
Les pauvre bougres convaincus, Du contraire sont des cocus
Fa                Sol7            Do    Lam               Rém Sol7   La7
À l'heure de l'uvre de chaire, Elle est souvent triste Peuchère
Fa                  Sol7             Do           Lam               Rém Sol7   Do
Si elle n'entend le cur qui bat, Le corps non-plus ne bronche pas.

Sauf quand elle aime un homme avec tendresse, Toujours sensible alors à ses caresses
Toujours bien disposée, toujours encline à s'émouvoir, Elle s'emmerde sans s'en apercevoir.
Ou quand elle a des besoins tyranniques, Qu'elle souffre de nymphomanie chronique
C'est elle qui fait alors passer à ses adorateurs, De fichus quart d'heure.

Refrain

Les «encore», les «c'est bon», les «continue», Qu'elle crie pour simuler qu'elle monte aux nues
C'est pure charité les soupirs des anges ne sont, En vérité que de pieux mensonges
C'est à seule fin que son partenaire, Se croit un amant extraordinaire
Que le coq imbécile et prétentieux perché dessus, Ne soit pas déçu.

Refrain

J'entends aller bon train les commentaires, De ceux qui font des châteaux à Cythère :
C'est parce que tu n'es qu'un malhabile, un maladroit, Qu'elle conserve toujours son sang froid
Peut-être mais si les assauts vous pèsent, De ces petits m'as-tu-vu quand je baise
Mesdames en vous laissant manger le plaisir sur le dos, Chantez in petto...

Refrain

 

MOURIR POUR DES IDÉES


Lam     Do            Ré    Lam  Do      Ré      Lam     Do        Ré      Mi7              Lam 
Mourir pour des idées, l'idée est excellente, Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eue
Lam         Do            Ré     Lam Do          Ré      Lam   Do        Ré        Mi7               Lam
Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante, En hurlant à la mort me sont tombés dessus
Rém                             Sol7                         Do
Ils ont su me convaincre et ma muse insolente, Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi
Mi7                                                     Lam                                                Fa               Sol7 Do
Avec un soupçon de réserve toutefois, Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente,
                 Fa               Mi7 Lam
D'accord, mais de mort lente

Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure, Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure, Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain
Or, s'il est une chose amère, désolante, En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater
Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée, Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

Les saints Jean Bouche d'or qui prêchent le martyre, Le plus souvent, d'ailleurs, s'attardent ici-bas
Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire, C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent, Bientôt Mathusalem dans la longévité
J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté, « Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente »

Des idées réclamant le fameux sacrifice, Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices, Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles ?
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes, Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau, Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

Encor s'il suffisait de quelques hécatombes, Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât !
Depuis tant de « grands soirs » que tant de têtes tombent, Au paradis sur terre on y serait déjà
Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes, Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez
Et c'est la mort, la mort toujours recommencée, Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres, Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu ! laissez vivre les autres ! La vie est à peu près leur seul luxe ici-bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante, Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds ! Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

 

LES PASSANTES


Lam Fa                   Mi        La7                               Rém        Lam               Sol7          Do     Mi
Je veux dédier ce poème, A toutes les femmes qu'on aime, Pendant quelques instants secrets,
    Fa                             Mi                   La7                  Rém        Lam          Sol        Lam
A celles qu'on connaît à peine, Qu'un destin différent entraîne, Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître, Une seconde à sa fenêtre, Et qui, preste, s'évanouit,
Mais dont la svelte silhouette, Est si gracieuse et fluette, Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage, Dont les yeux, charmant paysage, Font paraître court le chemin ;
Qu'on est seul, peut-être à comprendre, Et qu'on laisse pourtant descendre, Sans avoir effleuré la main

A celles qui sont déjà prises, Et qui vivant des heures grises, Près d'un être trop différent,
Vous ont, inutile folie, Laissé voir la mélancolie, D'un avenir désespérant

Chères images aperçues, Espérances d'un jour déçues, Vous serez dans l'oubli demain,
Pour peu que le bonheur survienne, Il est rare qu'on se souvienne, Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie, On songe avec un peu d'envie, A tous ces bonheurs entrevus,
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre, Aux curs qui doivent vous attendre, Aux yeux qu'on n'a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude, Tout en peuplant sa solitude, Des fantômes du souvenir,
On pleure les lèvres absentes, De toutes ces belles passantes, Que l'on n'a pas su retenir

 

LE ROI


Sim                    Fa#m               Sim                   Fa#m        Sim
Non certes, elle n'est pas bâtie, Non certes, elle n'est pas bâtie
Sim               Fa#m          Sim              Fa#m      Sim
Sur du sable, sa dynastie, Sur du sable, sa dynastie.
Mim       La7   Ré        Sim             Mim Fa#7    Sim
Il y a peu de chances qu'on, Détrône le roi des cons.

Il peut dormir, ce souverain, Il peut dormir, ce souverain,
Sur ses deux oreilles, serein, Sur ses deux oreilles, serein.
Il y a peu de chances qu'on, Détrône le roi des cons. Je, tu, il, elle, nous, vous, ils, Je, tu, il, elle, nous, vous, ils,
Tout le monde le suit, docile, Tout le monde le suit, docile
Il y a peu de chances qu'on, Détrône le roi des cons. Il est possible, au demeurant, Il est possible, au demeurant,
Qu'on déloge le shah d'Iran, Qu'on déloge le shah d'Iran,
Mais il y a peu de chances qu'on, Détrône le roi des cons. Qu'un jour on dise : « C'est fini », Qu'un jour on dise: « C'est fini »
Au petit roi de Jordanie, Au petit roi de Jordanie,
Mais il y a peu de chances qu'on, Détrône le roi des cons. Qu'en Abyssinie on récuse, Qu'en Abyssinie on récuse,
Le roi des rois, le bon Négus, Le roi des rois, le bon Négus,
Mais il y a peu de chances qu'on, Détrône le roi des cons. Que, sur un air de fandango, Que, sur un air de fandango,
On congédie le vieux Franco, On congédie le vieux Franco,
Mais il y a peu de chances qu'on, Détrône le roi des cons. Que la couronne d'Angleterre, Que la couronne d'Angleterre,
Ce soir, demain, roule par terre, Ce soir, demain, roule par terre,
Mais il y a peu de chances qu'on, Détrône le roi des cons. Que, ça c'est vu dans le passé, Que, ça c'est vu dans le passé,
Marianne soit renversée, Marianne soit renversée
Mais il y a peu de chances qu'on, Détrône le roi des cons.

 

A L'OMBRE DES MARIS


Do                      Sol7  Do                     Sol7       Do                                                       Mi7
Les dragons de vertu n'en prennent pas ombrage, Si j'avais eu l'honneur de commander à bord
Lam              Mi7  Lam               Mi7       Lam                                                  Mi7
A bord du Titanic quand il a fait naufrage, J'aurais crié : « les femmes adultères d'abord ! »

Lam                  Mi7                          Lam                  Sol7
Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, Je suis derrière

Car pour combler les vux calmer la fièvre ardente, Du pauvre solitaire et qui n'est pas de bois
Nulle n'est comparable à l'épouse inconstante, Femmes de chefs de gare c'est vous la fleur des pois

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, Je suis derrière

Quant à vous Messeigneurs aimez à votre guise, En ce qui me concerne ayant un jour compris
Qu'une femme adultère est plus qu'une autre exquise, Je cherche mon bonheur à l'ombre des maris

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, Je suis derrière

A l'ombre des maris mais cela va sans dire, Pas n'importe lesquels je les trie les choisis
Si madame Dupont d'aventure m'attire, Il faut que de surcroît Dupont me plaise aussi

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, Je suis derrière

Il convient que le bougre ait une bonne poire, Sinon me ravisant je détale à grands pas
Car je suis difficile et me refuse à boire, Dans le verre d'un monsieur qui ne me revient pas

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, Je suis derrière

Ils sont loin mes débuts ou manquant de pratique, Sur des femmes de flics je mis mon dévolu
Je n'était pas encore ouvert à l'esthétique, Cette faute de goût je ne la commets plus

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, Je suis derrière

Oui je suis tatillon pointilleux mais j'estime, Que le mari doit être un gentleman complet
Car on finit tous deux par devenir intimes, A force à force de se passer le relais

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, Je suis derrière

Mais si l'on tombe hélas sur des maris infâmes, Certains sont si courtois si bons si chaleureux
Que même après avoir cessé d'aimer leur femme, Ont fait encore semblant uniquement pour eux

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, Je suis derrière

C'est mon cas ces temps-ci je suis triste malade, Quand je dois faire honneur à certaine pécore
Mais son mari et moi c'est Oreste et Pylade, Et pour garder l'ami je la cajole encore

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, Je suis derrière

Non contente de me déplaire elle me trompe, Et les jours ou furieux voulant tout mettre à bas
Je crie : « La coupe est pleine il est temps que je rompe », Le mari me supplie : « Non ne me quittez pas »

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, Je suis derrière

Et je reste et tous deux ensemble on se flagorne, Moi je lui dis : « C'est vous mon cocu préféré »
Il me réplique alors : « Entre toutes mes cornes, Celles que je vous dois mon cher me sont sacrées »

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, Je suis derrière

Et je reste et parfois lorsque cette pimbêche, S'attarde en compagnie de son nouvel amant
Que la nurse est sortie le mari à la pêche, C'est moi pauvre de moi qui garde les enfants

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère.

 

CARCASSONNE


Ré                                                                                 La7
« Je me fais vieux, j'ai soixante ans, J'ai travaillé toute ma vie
Ré                                                                            La7
Sans avoir, durant tout ce temps, Pu satisfaire mon envie.
Si7                                                                                    Mim La5+ Ré
Je vois bien qu'il n'est ici-bas, De bonheur complet pour personne.
Si7                                                                              Mim La5+ Ré
Mon vu ne s'accomplira pas : Je n'ai jamais vu Carcassonne ! »

« On voit la ville de la-haut, Derrière les montagnes bleues,
Mais, pour y parvenir, il faut, Il faut faire cinq grandes lieues,
En faire autant pour revenir ! Ah ! Si la vendange était bonne !
Le raisin ne veut pas jaunir, Je ne verrai pas Carcassonne ! »

« On dit qu'on y voit tous les jours, Ni plus ni moins que les dimanches,
Des gens s'en aller sur le cours, En habits neufs, en robes blanches.
On dit qu'on y voit des châteaux, Grands comme ceux de Babylone,
Un évêque et deux généraux ! Je ne connais pas Carcassonne ! »

« Le vicaire a cent fois raison : C'est des imprudents que nous sommes.
Il disait dans son oraison, Que l'ambition perd les hommes.
Si je pouvais trouver pourtant, Deux jours sur la fin de l'automne...
Mon Dieu ! que je mourrais content, Après avoir vu Carcassonne ! »

« Mon Dieu ! Mon Dieu ! pardonnez-moi, Si ma prière vous offense ;
On voit toujours plus haut que soi, En vieillesse comme en enfance.
Ma femme, avec mon fils Aignan, A voyagé jusqu'à Narbonne ;
Mon filleul a vu Perpignan, Et je n'ai pas vu Carcassonne ! »

Ainsi chantait, près de Limoux, Un paysan courbé par l'âge.
Je lui dis : « Ami, levez-vous, Nous allons faire le voyage. »
Nous partîmes le lendemain, Mais, que le bon Dieu lui pardonne !
Il mourut à moitié chemin : Il n'a jamais vu Carcassonne !

 

BALLADE À LA LUNE


Sol7 Do       Lam7  Ré  Sol7   Do    Lam7   Ré
C'était, dans la nuit brune, Sur un clocher jauni,
Mi7 Lam Lam7 Ré7            Sol7           Do
La lune,             Comme un point sur un « i ».

Sol7 Do       Lam7  Ré  Sol7   Do    Lam7   Ré
Lune, quel esprit sombre, Promène au bout d'un fil,
Mi7 Lam Lam7 Ré7            Sol7           Do
Dans l'ombre, Ta face et ton profil ?

Do7 Fa    Rém7  Sol7 Do7        Fa   Rém7 Sol7
Es-tu l'il du ciel borgne ? Quel chérubin cafard
La7  Rém Rém7 Sol7        Do7          Fa
Nous lorgne,       Sous ton masque blafard ?

Do7 Fa    Rém7  Sol7 Do7        Fa   Rém7 Sol7
Est-ce un ver qui te ronge, Quand ton disque noirci
La7  Rém Rém7 Sol7    Do7       Fa Sol7
S'allonge,           En croissant rétréci ?

Sol7 Do       Lam7  Ré  Sol7   Do    Lam7   Ré
Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer
Mi7 Lam Lam7 Ré7            Sol7           Do
Qui sonne, L'heure aux damnés d'enfer ?

Sol7 Do       Lam7  Ré  Sol7   Do    Lam7   Ré
Sur ton front qui voyage, Ce soir ont-ils compté
Mi7 Lam Lam7 Ré7            Sol7           Do
Quel âge, A leur éternité ?

Do7 Fa    Rém7  Sol7 Do7        Fa   Rém7 Sol7
Qui t'avait éborgnée, L'autre nuit ? T'étais-tu
La7  Rém Rém7 Sol7        Do7          Fa
Cognée, Contre un arbre pointu ?

Do7 Fa    Rém7  Sol7 Do7        Fa   Rém7 Sol7
Car tu vins, pâle et morne, Coller sur mes carreaux
La7  Rém Rém7 Sol7        Do7          Fa Sol7
Ta corne, A travers les barreaux.

Sol7 Do       Lam7  Ré  Sol7   Do    Lam7   Ré
Lune, en notre mémoire, De tes belles amours
Mi7 Lam Lam7 Ré7            Sol7           Do
L'histoire, T'embellira toujours.

Sol7 Do       Lam7  Ré  Sol7   Do    Lam7   Ré
Et toujours rajeunie, Tu seras du passant
Mi7 Lam Lam7 Ré7            Sol7           Do
Bénie, Pleine lune ou croissant.

Do7 Fa    Rém7  Sol7 Do7        Fa   Rém7 Sol7
Et qu'il vente ou qu'il neige, Moi-même, chaque soir,
La7  Rém Rém7 Sol7        Do7          Fa
Que fais-je, Venant ici m'asseoir ?

Do7 Fa    Rém7  Sol7 Do7        Fa   Rém7 Sol7
Je viens voir à la brune, Sur le clocher jauni
La7  Rém Rém7 Sol7        Do7          Fa Sol7
La lune, Comme un point sur un « i ».

    Do          Lam7 Ré  Sol7 Do   Lam7   Ré
Je viens voir à la brune, Sur le clocher jauni,
Mi7 Lam Lam7 Ré7            Sol7           Do  Fa Do
La lune,             Comme un point sur un « i ».

 

JEHAN L'ADVENU


Do#m                                     Fa#7     Si                                                  (Mi 7)
Puis il revint comme il était parti : Bon pied, bon oeil, personne d'averti.
La                                                       Sol#
Aux dents, toujours la vive marguerite, Aux yeux, toujours la flamme qui crépite.
Mi                                                      Si
Mit sur ta lèvre, Aline, un long baiser, Mit sur la table un peu d'or étranger
La                                                           Sol#                                               Do#m Si La Sol#
Chanta, chanta deux chansons de marine, S'alla dormir dans la chambre enfantine.

Puis il revint comme il était parti : Bon pied, bon oeil, personne d'averti.
Aux dents, toujours la vive marguerite, Aux yeux, toujours la flamme qui crépite.
Rêva tout haut d'écume et de cavale, S'entortilla dans d'étranges rafales.
Puis au réveil, quand l'aube se devine, Chanta, chanta deux chansons de marine.

Puis il revint comme il était parti : Bon pied, bon oeil, personne d'averti.
Aux dents, toujours la vive marguerite, Aux yeux, toujours la flamme qui crépite.
Fit au pays son adieu saugrenu, Et s'en alla comme il était venu.
Fit au pays son adieu saugrenu, Et s'en alla comme il était venu.

 

A MON FRÈRE REVENANT D'ITALIE


Do                                  Do7   Fa                                Fam                       Mi     Mi7
Ainsi, mon cher, tu t'en reviens, Du pays dont je me souviens, Comme d'un rêve,
Lam                                                                                    Ré7 Sol7          Do
De ces beaux lieux où l'oranger, Naquit pour nous dédommager, Du péché d'Ève.
Fa Do Fa Sol7 Do Fa Do Fa Sol7 Do

Tu l'as vu, ce fantôme altier, Qui jadis eut le monde entier, Sous son empire.
César dans sa pourpre est tombé ; Dans un petit manteau d'abbé, Sa veuve expire.

Tu t'es bercé sur ce flot pur, Où Naples enchâsse dans l'azur, Sa mosaïque,
Oreiller des lazzaroni, Où sont nés le macaroni, Et la musique.

Qu'il soit rusé, simple ou moqueur, N'est-ce pas qu'il nous laisse au cur, Un charme étrange,
Ce peuple ami de la gaieté, Qui donnerait gloire et beauté, Pour une orange ?

Ischia ! c'est là qu'on a des yeux, C'est là qu'un corsage amoureux, Serre la hanche.
Sur un bas rouge bien tiré, Brille, sous le jupon doré, La mule blanche.

Pauvre Ischia ! bien des gens n'ont vu, Tes jeunes filles que pied nu, Dans la poussière.
On les endimanche à prix d'or ; Mais ton pur soleil brille encor, Sur leur misère.

Quoi qu'il en soit, il est certain, Que l'on ne parle pas latin, Dans les Abruzzes,
Et que jamais un postillon, N'y sera l'enfant d'Apollon, Ni des neuf Muses.

Toits superbes ! Froids monuments ! Linceul d'or sur des ossements ! Ci-gît Venise.
Là mon pauvre cur est resté. S'il doit m'en être rapporté, Dieu le conduise !

Mais de quoi vais-je ici parler ? Que ferait l'homme désolé, Quand toi, cher frère,
Ces lieux où j'ai failli mourir, Tu t'en viens de les parcourir, Pour te distraire ?

Frère, ne t'en va plus si loin. D'un peu d'aide j'ai grand besoin, Quoi qu'il m'advienne.
Je ne sais où va mon chemin, Mais je marche mieux quand ta main, Serre la mienne.

 

LE ROI BOITEUX


Si          Mi                             Si        Si7         Mi                 Si7
Un roi d'Espagne, ou bien de France, Avait un cor, un cor au pied.
Sol#7 Do#m        Fa#7    Si               Fa#7           Si7
C'était au pied gauche, je pense, Il boitait à faire pitié.
                Mi                  Si7               Mi                Si
Les courtisans, espèce adroite, S'appliquèrent à l'imiter,
    Sol#7  Do#m   Fa#7  Si              Fa#7                Si   Fa#7 Si Fa#7 Si Fa#7 Si Mi Si
Et qui de gauche, qui de droite, Il apprirent tous à boiter.

On vit bientôt le bénéfice, Que cette mode rapportait,
Et, de l'antichambre à l'office, Tout le monde boitait, boitait.
Un jour, un seigneur de province, Oubliant son nouveau métier,
Vint à passer devant le prince, Ferme et droit comme un peuplier.

Tout le monde se mit à rire, Excepté le roi, qui tout bas,
Murmura : « Monsieur, qu'est-ce à dire ? Je crois que vous ne boitez pas. »
« Sire, quelle erreur est la votre ! Je suis criblé de cors ; voyez :
Si je marche plus droit qu'un autre, C'est que je boite des deux pieds. »